Constant M. Gabrielle M. Martine Bazenneyre / Jean-Yves Le Naour, préfacier, Imago, 2006, 243 p.
Des récits de rêves érotiques, des conseils de masturbation, des photos pornographiques, des poils pubiens ou des flacons de sperme joints au courrier… : la correspondance de Constant et de Gabrielle, époux séparés par la guerre, ne ressemble assurément à aucune autre. D'abord réformé en raison de sa santé fragile, Constant M. est mobilisé en février 1915. La mort dans l'âme, il quitte son village jurassien, son commerce de vins, et sa femme Gabrielle. Dès le début, les lettres sont quotidiennes. Elles racontent l'horreur des tranchées, les espoirs d'une fin prochaine de l'hécatombe, implorent le secours du Petit Jésus et de la Vierge. Les prières partagées, les médailles miraculeuses, tentent de conjurer le malheur. Mais, menacé par la dépression, Constant souffre trop. Il dévoile peu à peu l'étendue de sa frustration, tout en se refusant à aller voir les prostituées, comme sa femme le lui conseille. Gabrielle l'encourage à se confier davantage. Les prières cèdent alors la place aux confidences érotiques, les médailles à des colis plus singuliers : recettes de jouissance, photos et objets sexuels… Au cœur de la tourmente, dans l'échange complice de leurs fantasmes exacerbés par la distance, jaillit la force inattendue d'une grande passion amoureuse… A travers cette correspondance exceptionnelle, la guerre fera ainsi progressivement découvrir à ces époux, mariés depuis dix ans, une intimité qu'ils n'avaient jamais connue auparavant et qui cessera à la mort de Constant, à Salonique, en 1916.
Nouvelle édition chez France loisirs, Le corbeau : Histoire vraie d’une rumeur, 2006, 243 p.
De 1917 à 1922, une épidémie de lettres anonymes s'abat sur la ville de Tulle. Glissés dans les paniers des ménagères, abandonnés sur les trottoirs, les rebords des fenêtres et jusque sur les bancs des églises, ces centaines de courriers qui dénoncent l'infidélité des uns, la mauvaise conduite des autres alimentent toutes les conversations. Peu à peu, une atmosphère de suspicion empoisonne la ville : quel est donc ce mystérieux anonyme ? Que recherche-t-il ? Quand un greffier de la préfecture, troublé par la réception d’une lettre anonyme, perd la raison et meurt au cours d’une crise de démence, l’enquête policière s’accélère et la presse nationale se précipite à Tulle à la recherche d’un fait divers qui puisse passionner autant les Français que le procès de Landru qui vient de s’achever. Les feuilles à scandale ne se trompent pas : l’affaire des lettres anonymes de Tulle se révèle machiavélique et l’instruction riche en rebondissements, du suicide – ou de l’assassinat – d’une présumée coupable à la grande dictée des suspects organisée par un expert graphologue en passant par le dessaisissement du juge qui a eu la mauvaise idée de faire appel à un voyant pour y voir plus clair. Une fois le coupable identifié, ce fait-divers qui a défrayé la chronique aurait pu être oublié s’il n’avait servi de source d’inspiration à Henri-Georges Clouzot pour réaliser Le Corbeau en 1943, un film noir et maudit, peut-être le chef-d’œuvre du cinéma des années noires que les censeurs de la Libération ont stigmatisé pour avoir donné une image peu reluisante de la France occupée. Si le Corbeau a durablement éclipsé l’histoire dont il est issu, l’affaire des lettres anonymes de Tulle mérite mieux que l’oubli car la réalité, noire, surprenante, diabolique, dépasse sans doute la fiction de Clouzot.
Marseille 1914-1918 de Jean Yves le Naour édité par les Editions Qui Vive est un remarquable ouvrage historique qui retrace la vie des Marseillais durant les sombres heures de la Grande Guerre. Fresque sociale saisissante autant que livre de mémoire, il brosse en même tant un édifiant panorama des méandres et détours de l’âme humaine. En nous dévoilant les petites et grandes réalités de l’Histoire, l’ensemble nous renvoie en plein visage le reflet changeant de nos courages et de nos lâchetés. En effet, l’atmosphère particulière dans laquelle baigna la ville de Marseille tout au long des combats, surlignée par un usage intelligent d’extraits de journaux de l’époque, y est formidablement rendue.
Ce sont les conservateurs qui proposent en 1848 le vote familial, véritable stratagème électoral destiné à dépouiller le suffrage universel de ses potentialités réformatrices. Grâce à ce nouveau mode de scrutin, le père de famille peut déposer dans l'urne autant de bulletins de vote qu'il a d'enfants ; le célibataire, réputé politiquement plus à gauche que l'homme marié, ne vote qu'une fois, et la femme ne s'exprime que par l'intermédiaire des enfants qu'elle donne à son mari ! Ce projet ne restera pas dans les limbes : il est activement défendu pour éviter le vote des femmes. En 1923, les députés adoptent à une forte majorité le principe du vote familial ; en 1940, il se retrouve en bonne place dans le projet de constitution du régime de Vichy ; aujourd'hui encore, certains membres du Front national revendiquent cet héritage. Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti nous proposent une histoire politique et sociale renouvelée du droit de vote, à l'heure où les démocraties occidentales constatent une hausse sans cesse croissante de l'abstention électorale. Un regard salutaire sur une idée étonnante formulée pour vider de son sens le vote individuel.
Marcelle Le rouge / Jean-Yves Le Naour, préfacier, Hachette, 2004, 492 p.
Marcelle Lerouge a treize ans lorsque la guerre éclate. Elle commence alors à tenir un journal, qui est découvert par sa famille bien après sa mort, survenue en 1974. Ce journal constitue un témoignage exceptionnel sur les représentations du conflit à l'arrière, sous l'influence de la presse d'information, de la rumeur publique et de la propagande officielle. Dans cette " guerre de la civilisation contre la barbarie ", non seulement la France ne peut pas perdre mais la victoire doit être totale et tout doit être mis en œuvre pour lutter contre un ennemi dématérialisé et déshumanisé. Commencé le 1er août 1914, au premier jour de la guerre, le journal s'achève le 11 novembre 1918 avec le sentiment qu'une période exceptionnelle est close. " Le témoignage de Marcelle Lerouge exprime très clairement, avec la naïveté d'une adolescente, ce qu'une grande partie des Français ont ressenti, vécu et pensé de la guerre. Il porte l'espoir d'un monde plus beau paradoxalement bâti dans la haine et le sang. " Jean-Yves Le Naour.
Après la Première Guerre mondiale, les Allemands organisent une campagne de propagande internationale contre la présence de troupes coloniales françaises dans leur pays : c'est la « honte noire ». Elle repose sur des accusations mensongères de viols systématiques des femmes blanches par les soldats africains en Rhénanie occupée. Ces attaques racistes visent à convaincre l'opinion publique internationale - notamment nord-américaine, sensible à la question noire - et les gouvernements étrangers que la France est une ennemie de la Kultur et de la civilisation européennes. Haineux et militaristes, les Français mépriseraient les Allemands au point de les faire « garder » par des Noirs, et désireraient abâtardir leur race par le mélange des sangs et la contamination syphilitique ! Cette propagande a une postérité : pour expliciter sa conception de la pureté raciale, Hitler utilise la « honte noire » dans Mein Kampf.
En France, Jean Moulin, préfet d'Eure-et-Loir, accomplit en 1940 son premier acte de résistance en protégeant de la haine nazie les soldats coloniaux prisonniers, assassinés par milliers par les vainqueurs. Mais à l'automne 1944, l'armée française procède à son tour à un vaste "blanchiment" de ses effectifs en écartant les soldats coloniaux au profit de jeunes métropolitains : il faut occuper l'Allemagne avec une armée blanche… Jean-Yves Le Naour, à l'aide d'archives inédites, met en évidence avec clarté une manifestation mal connue du racisme européen d'une guerre mondiale à l'autre.
Joël Calmettes, France, 2004, 55mn. Avec : Pierre Macherez (Anthelme Mangin) et la voix de Denis Lavant Coproduction : Compagnie des Phares et Balises, Arte France, avec la participation de France 2.
Un documentaire passionnant sur la mémoire et les traumatismes de la Grande Guerre… Construit sous la forme d’une fiction, le documentaire parvient à tenir le spectateur en haleine et à recréer le mystère suscité par le cas Anthelme Mangin.
Le Monde, 7 novembre 2004
Le 1er février 1918, un soldat amnésique est interné à l'asile psychiatrique du Rhône. Tous les moyens sont employés pour l'identifier et le rendre à sa famille. Son portrait s'étale à la une des journaux et est affiché sur les portes de toutes les mairies. Plusieurs centaines de familles reconnaissent en lui un père, un fils ou un frère disparu à la guerre. Comment départager ces familles qui n'arrivent pas à faire le deuil de leur proche disparu ? Une longue et douloureuse enquête débute. Elle durera tout l'entre-deux-guerres et s'achèvera sur un procès à rebondissements où s'opposent tous ceux et celles qui ont reconnu en l'amnésique un de leurs parents. Les contemporains sont fascinés par cet homme sans passé : Jean Anouilh s'empare du fait divers pour écrire son Voyageur sans bagage et la presse baptise rapidement l'amnésique " le Soldat inconnu vivant ". Cette histoire singulière révèle en réalité une profonde souffrance née de la Grande Guerre, une douleur intime et collective : celle du deuil impossible à faire pour les familles des soldats disparus. Dans une société qui voudrait tant oublier et qui n'en finit pas de se souvenir, il n'y a pas plus de certitudes que de corps à pleurer.
Avec Catherine Valenti, Seuil, L’Univers historique, 7 mars 2003, 400 p.
Disponible en chinois, Renmin University Press, 2009, 368 p.
La pratique de l'avortement s'est très largement répandue au XIXème siècle, en rapport avec les profondes mutations sociales et matérielles de la nouvelle civilisation industrielle. La généralisation des moyens mécaniques a complété voire supplanté les vieilles potions herbacées et les remèdes plus ou moins inefficaces issus de l'Antiquité. Cependant, les ressorts moraux viennent justifier la répression : crime contre Dieu, l'avortement devient également et avant tout, de la fin du XIXème siècle jusqu'à 1945, un crime antinational et antipatriotique qui enlève de nouveaux citoyens et de nouveaux soldats à une communauté angoissée par son atonie démographique et par le dynamisme de la natalité allemande.
La revendication du droit à l'avortement va néanmoins se faire entendre. D'abord par la reconnaissance de l'avortement thérapeutique, en 1852. Défendu ensuite dans une perspective révolutionnaire par les néo-malthusiens de la Belle Époque, le droit des femmes à disposer de leur corps finit par s'imposer au début des années 1970, entraînant avec lui un débat passionné qui ne cessera pas avec le vote de la loi Veil.
Étrangement, il n’existait pas d’histoire de l’avortement en bonne et due forme, sinon des études éparses, non synthétisées. Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti comblent avec bonheur un vide historiographique en balayant plus de deux mille ans de disputes, depuis Platon jusqu’aux lois Aubry-Guigou. […] A noter que sur la répression, notamment celle toujours avancée des lois de 1920 et 1923, les auteurs corrigent bien des idées reçues.
Philippe-Jean Catinchi, Le Monde, 18 avril 2003 :
La pratique de l’avortement attendait son historien. En contemporanéistes Catherine Valenti et Jean-Yves Le Naour ont relevé le défi avec une Histoire de l’avortement, d’une clarté des enjeux qui le dispute à la rigueur de l’analyse.
Avec Vincent Gourdon, Olivier Compagnon, Hachette, Crescendo, 2003, 190 p.
Ce volume aborde les grands thèmes de l'histoire politique de la France depuis 1940, tels qu'ils sont étudiés en DEUG, dans les instituts d'études politiques et dans les classes préparatoires. Les thèmes essentiels s'y rapportant sont présentés, dans les conditions des épreuves écrites et orales, à travers des sujets analysés et commentés, complétés par des encadrés qui vous apportent des conseils concrets. Cet ouvrage facilite l'apprentissage et la maîtrise des connaissances tout en constituant un outil d'entraînement efficace pour vos TD et examens. Cet ouvrage s'adresse à un public universitaire : étudiants et professeurs.
La Grande Guerre porte l'espoir d'une France lavée de l'humiliation de la défaite de 1870 et purgée du péril « pornographique » de la Belle Époque : on fustige la nation des plaisirs et de la dégénérescence, coupable de compromettre la victoire. Et l'on soupçonne en premier lieu la loyauté des femmes - « marraines », adultères, prostituées, infirmières ou employées d'usines-, accusées de corrompre le soldat. Propulsée au cœur du conflit, la morale sexuelle sacralise en effet le « poilu » viril et chaste qui arrachera la victoire au péril de sa vie. Mais elle méconnaît l'immense frustration affective et sexuelle des combattants, et le trouble que provoque le culte de la virilité chez des hommes amoindris par la solitude, le sang et la mort.
À partir de 1916, le rêve de la régénération laisse donc place à une profonde démoralisation : l'interminable guerre bouleverse le modèle familial bourgeois hérité du XIXe siècle (incompréhension ou séparation des couples, travail des femmes). Cette histoire des mœurs est aussi une histoire de l'exclusion, où l'on voit l'armée et l'État se disputer le contrôle de la population et de ses pratiques sexuelles. Mais elle est surtout une histoire de l'intime, noire, bouleversante et inédite.
Dans la presse
A partir d’un angle d’étude apparemment réduit – les mœurs sexuelles des Français en 1914-1918 – le livre de Jean-Yves Le Naour apporte un éclairage original et stimulant à la Première Guerre mondiale… Jean-Yves Le Naour s’intéresse d’abord à ce qu’il appelle la « guerre moralisatrice ». Il exhume les écrits stupéfiants d’hommes en proie à la crainte de la dégénérescence et convaincus que la guerre sera une expérience collective favorable au renouveau national…La lutte contre la pornographie ou la débauche considérées comme d’inspiration allemande (avant-guerre, on accuse Guillaume Ii d’exporter massivement des préservatifs pour affaiblir la natalité française), les débats sur l’avortement en temps de guerre, le rôle dévolu aux marraines de guerre et aux infirmières sont autant d’aspects étudiés avec soin…La dernière partie ouvre de nombreuses perspectives sur le brouillage des rôles sexuels et des normes, où le poilu, magnifié par les combats, est également fragilisé par un sentiment d’incompréhension et d’abandon de l’arrière. Le mythe de la guerre salvatrice et rédemptrice a vécu, avant de renaître quelques décennies plus tard.
Hachette Littératures, La vie quotidienne, 2002, 250 p.
Rééditions en France : Fayard, 2018, 222 p. Hachette littératures (Collection poche Pluriel), 2008. Disponible en gros caractères aux éditions Feryane, 2011.
Le 1er février 1918, un soldat amnésique est interné à l'asile psychiatrique du Rhône. Tous les moyens sont employés pour l'identifier et le rendre à sa famille. Son portrait s'étale à la une des journaux et est affiché sur les portes de toutes les mairies. Plusieurs centaines de familles reconnaissent en lui un père, un fils ou un frère disparu à la guerre. Comment départager ces familles qui n'arrivent pas à faire le deuil de leur proche disparu ? Une longue et douloureuse enquête débute. Elle durera tout l'entre-deux-guerres et s'achèvera sur un procès à rebondissements où s'opposent tous ceux et celles qui ont reconnu en l'amnésique un de leurs parents.
Les contemporains sont fascinés par cet homme sans passé : Jean Anouilh s'empare du fait divers pour écrire son Voyageur sans bagage et la presse baptise rapidement l'amnésique " le Soldat inconnu vivant ". Cette histoire singulière révèle en réalité une profonde souffrance née de la Grande Guerre, une douleur intime et collective : celle du deuil impossible à faire pour les familles des soldats disparus. Dans une société qui voudrait tant oublier et qui n'en finit pas de se souvenir, il n'y a pas plus de certitudes que de corps à pleurer.
Adaptations Bande dessinée : Le soldat inconnu vivant, Mauro Lirussi / Jean-Yves Le Naour, Roymodus, 2012, 89 p. Documentaire : Le soldat inconnu vivant, Joël Calmettes, 2004. Pièce de théâtre : The Living Unknown Soldier, réalisée par Sebastian Armesto, directeur du Simple8Theatre, jouée du 12 février au 15 mars 2008 au Théâtre Arcola de Londres
Traductions Anglais (Traduit par Penny Allen) Aux Etats-Unis et au Canada sous le titre The living unknown soldier. A story of grief and the Great War, New-York, Metropolitan books, 2004, 224 p. En poche aux Etats-Unis : Owl Books, 2005, 233 p. Au Royaume-Uni, en Australie et en Nouvelle-Zélande, William Heinemann, 2005 ; en poche : Arrow books, 2006. Suédois : (Traduit par Gunilla von Malmbor), Stockholm, Historiska media, 2006. Coréen : éditions Thinking Tree, 2004
Exposition : Oser la liberté – Figures des combats contre l’esclavage.
Le Baron et l’Empereur – Japon, la voie de la guerre
Le réseau Comète
Gisèle Halimi l’insoumise
L’Affaire Markovic, Jean-Yves Le Naour
L’ Affaire Markovic
Halimi à la plage
A tribord, toute !
1922 – 1929 : les années folles ?
BD : Hubert Germain
Exposition
Exposition « Le Soldat inconnu« , à l’occasion du 100e anniversaire de l’arrivée du Soldat inconnu à l’Arc de Triomphe, du 12 novembre 2020 au 2 janvier 2022.
Rééditions
La série Charles de Gaulle (quatre tomes), réédition en intégrale le 28 avril 2021.